
Le moine zen et le souffleur de verre

Rencontre du 3e type avec les verres naturels
Carnet de création
Migration
Au détour d’une rivière ou en bord de plage, couchée sur le flanc, repose une ossature, un vestige muet.

Ouverture
La barque est un thème récurrent qui a inspiré de nombreux artistes. Elle a déjà été réinterprétée par quelques verriers qui se sont penchés sur la cargaison de celle-ci.
Je souhaitais renverser la proposition en faisant du contenant, de la barque elle-même et de son ossature en particulier, une sculpture en verre soufflé, ajourée en moucharabieh d’une grande préciosité.

Le concept
Au détour d’une rivière ou en bord de plage, couchée sur le flanc, repose une barque, un squelette de cétacé, une ossature témoignant de l’usure du temps ou de l’abandon des hommes…un vestige muet.
De cette analogie entre la structure d’un canoë et le squelette d’un mammifère marin est née une barque-sculpture de grande dimension qui nous ramènerait à ces temps anciens où tout nous semblait mystérieux.
Le bois ou le calcium se sont fossilisés jusqu’à devenir pierre précieuse. Cette pierre semble avoir été travaillée par la main de l’homme ou bien rongée par le temps, délicatement, comme une dentelle de verre dont la nature a le secret.
Carnet d'analogies
Les êtres humains migrent pour changer d’horizon ou survivre, les mammifères marins migrent pour se reproduire. Les matières « migrent » d’un état à un autre dans un cycle temporel au-delà de notre conception.
Je suis fasciné par cette capacité de la nature a déplacé nos entendements.

- 1er croquis
- Maquette en argile réalisée à Montréal. 30 cm
- Croquis de recherche pour les membrures
La réalisation
Entrer dans la couleur
Dans l’atelier il y a une ardoise d’écolier où il est écrit « L’art est long La vie est courte » et, en-dessous, le numéro « 98300190290 ». C’est le numéro d’un colis perdus dans l’espace insondable et labyrinthique des entrepôts de transporteurs. Un colis contenant un nouveaux stock de précieuses couleurs.
Ainsi l’ardoise nous dit « L’art est long La vie est courte et nous sommes dépendants de transporteurs »
- Pesée et référence pour un rouge rubis
- Test de couleur. Cloches en verre doublé
Passage à l'acte
Accroché au mur de l’atelier, le plan du canoë, agrandi fois deux, ne me paraissait pas si grand, il me faisait douter même.
Puis, j’ai reçu les gabarits de métal et j’ai soufflé les membrures : j’atteins les limites de mes fours et en particulier de l’arche de recuisson: les risques de casses ont augmenté.

Établir un process
Établir un process détaillé pour soi et pour l'équipe permet à l'information de se frayer un chemin jusqu'à la réalisation.



Sept gabarits ≠
- Mise en forme sur gabarit en métal
Nous avons soufflé avec plus d'une centaine de côtes pour en avoir 42 correctes.
J’aurais pu continuer une année de plus pour obtenir exactement le même rouge sur chacune et chacune avec la forme parfaite imaginée…
Une quête sans fin qui n’a pas de sens.


Naissance d'une structure

Carlingue
- Recherche de l’inclinaison
- Croquis de la structure en métal
- Détail fixation
- Structure 4,5m
- 1er assemblage

Contre vents et marées
Travailler sur le motif
Inspiration
Comme source d'inspiration il y a toute l’organisation structurelle du monde vivant: les neurones et les connections synaptiques qui ressemblent aux lianes d’une forêt. Il y a le dessin des branches d’arbres ou de ses racines. Les nids d’abeilles aux alvéoles octogonales, la géométrie des cristaux, les constellations. Tous sont reliées par un trait pour nous offrir des motifs infinis.
L’homme a tiré de ce vivier des lois et des motifs que l’on retrouve dans le nombre d’or ou dans une natte de cheveux.

- Motif original
- moucharabieh vectorisé
- Le pochoir en vinyl
Le sablage
Le sablage est un travail de patience. C'est le vent du désert érodant la matière.
Lorsque la pièce commence à s’éroder, le résultat est très vite visible par l’ombre projetée des parois, puis vient l’impatience après une heure trente quand j’ai le sentiment que ça n’avance pas, je désespère, c’est le moment précis où un premier trou fait jour. L’excitation reprend alors le dessus, d’autant que plusieurs trous commencent à apparaître en même temps. Et à nouveau après deux heures trente, je ne souhaite qu’une chose, augmenter la pression et la quantité de sable, accélérer le rythme et en finir. À ce moment-là, j’ai la tentation de bâcler le travail. Mais il me reste encore une heure. C’est lors de cette dernière ligne droite que la volonté et la persévérance entrent en jeu.


Sabler, c'est aussi nettoyer chaque jour le filtre à air, même en hiver. Quand la poussière se confond avec la neige.






















